Reprise des pourparlers malgaches sur fond de blocages à Pretoria
![]() Le président malgache Andry Rajoelina (C), lors d'une conférence de presse à son hôtel, le 29 avril 2010 à Pretoria © AFP Stephane de Sakutin |
PRETORIA (AFP) Les leaders malgaches, réunis pour la troisième journée consécutive à Pretoria, ont repris vendredi leurs tractations avec la médiation pour tenter de surmonter les obstacles à la signature d'un accord de sortie de crise.
Le chef de la médiation Joaquim Chissano s'est entretenu séparément vendredi avec l'homme fort de Madagascar Andry Rajoelina. La veille, le médiateur avait réuni M Rajoelina et son rival, le président évincé Marc Ravalomanana, en présence du chef de l'Etat sud-africain Jacob Zuma.
Les discussions, "tendues" durant cette rencontre selon le camp Rajoelina, portaient sur une feuille de route établie par l'Afrique du Sud et la France qui propose la formation d'un gouvernement d'union nationale chargé d'organiser rapidement des élections.
Andry Rajoelina s'est dit prêt à signer ce document dès le début des pourparlers. Mais le camp Ravalomanana estime que "cette feuille de route renforce les pouvoirs de Rajoelina sans concéder quoi que ce soit aux autres", a déclaré à l'AFP son porte-parole, Guy Randrianarisoa.
![]() L'ancien président malgache Marc Ravalomanana, le 28 avril 2010 à Pretoria © AFP Stephane de Sakutin |
"On a l'impression que la France souhaite imposer cette feuille de route", a-t-il ajouté.
La pression était d'autant plus forte vendredi sur les négociateurs, que les militaires avaient demandé le 12 avril de trouver une solution d'ici la fin du mois. Andry Rajoelina a prévu de les rencontrer lundi à Madagascar, a précisé sa porte-parole Annick Rajaona.
De son côté, le secrétaire d'Etat français à la Coopération, Alain Joyandet, a prolongé son séjour dans la capitale sud-africaine pour la poursuite des discussions.
La feuille de route débattue à Pretoria prévoit la constitution d'un gouvernement d'union nationale afin d'organiser des législatives entre juillet et septembre. A l'issue de ces élections, un gouvernement serait formé au prorata du nombre d'élus de chaque mouvance au nouveau Parlement. Cette période de transition prendrait fin avec la tenue d'une élection présidentielle.
Le texte contient également la mise en place d'une commission d'enquête des Nations unies sur des événements de la crise de 2009, notamment du 7 février, quand la garde du président Ravalomanana a ouvert le feu sur des manifestants pro-Rajoelina, faisant au moins 28 morts.
Ces incidents avaient débouché sur son éviction en mars 2009 et à son remplacement par Andry Rajoelina, soutenu par l'armée. Depuis Madagascar n'a cessé de s'enfoncer dans la crise, avec des accords restés lettres mortes et un marasme économique croissant.
Le camp Ravalomanana a assuré ne pas avoir d'objection à une enquête de l'ONU. "Le 7 février, je ne pense pas que M. Ravalomanana était le seul impliqué. On a toujours demandé la mise en place d'un enquête internationale", a indiqué M. Randrianarisoa.
En revanche, l'ancien président veut être assuré que les condamnations judiciaires intervenues depuis son départ de Madagascar seront amnistiées pour qu'il puisse "se présenter à l'élection présidentielle", selon son représentant.
M. Ravalomanana a notamment été condamné en juin 2009 à quatre ans de prison par un tribunal malgache pour "conflits d'intérêts" dans l'achat fin 2008 d'un avion présidentiel qui avait cristallisé l'opposition à son régime et contribué à sa chute.
Andry Rajoelina a répondu que "l'amnistie est une loi qui doit être ratifiée par le Parlement".
D'autres points de désaccord subsistaient entre les deux camps, en particulier le calendrier électoral proposé pour la transition. Le camp Ravalomanana, qui considère que la fonction présidentielle est le coeur du problème, souhaite que la présidentielle ait lieu avant les législatives.

