Zimbabwe/Ecologie: La population rurale durement touchée par la sécheresse
![]() Un épi de maïs brûlé par la sécheresse, dans un village au Zimbabwe, le 19 avril 2010. © AFP Alexander Joe |
KWARA (AFP) Un sac de maïs, deux citrouilles, quelques pastèques et deux petits sacs de noix, c'est tout ce qu'il reste comme nourriture aux sept membres de la famille Togarepi, agriculteurs vivant dans le sud du Zimbabwe frappé par la sécheresse.
Devant les champs nus qui s'étendent face à sa hutte de terre au toit de chaume dans le village de Kwara, Tamary Togarepi, 17 ans, s'inquiète de savoir comment sa famille va se nourrir, en particulier sa mère malade et son petit neveu de tout juste trois ans.
"Notre récolte ne nous permet même pas de durer deux mois. Nous ne faisons déjà plus qu'un repas par jour, le soir", dit-elle à l'AFP. "Si nous voyons que notre nourriture s'épuise, nous ne mangerons plus qu'un jour sur deux", dit-elle.
Selon les agences humanitaires, deux millions de Zimbabwéens manquent de nourriture et ce chiffre devrait augmenter, résultat de la sécheresse et de la mauvaise gestion de l'agriculture.
Dans un pays où 85% de la population est sans emploi, Tamary explique que sa famille n'a que ses récoltes pour vivre, aucun de ses parents n'a de travail salarié.
Le district de Zaka où elle est née est connue pour sa forte chaleur mais cette année le soleil est encore plus cruel pour les habitants.
Tamary passe ses journées sous un arbre à tresser ses cheveux ou à décortiquer des noix. De temps en temps, elle salue les villageois qui reviennent de puiser de l'eau dans une réserve, à quelques kilomètres de là.
L'un d'eux, Fana Chenjerai, 61 ans, raconte que la sécheresse est la pire de ces dernières années.
"Nous avons déjà connu cette situation avant, mais pas à cette échelle. Ce qui aggrave les choses, c'est que nous n'avons pas d'aide du gouvernement. Nous devons attendre les agences humanitaires mais elles aident en priorité les plus affectés. Cette fois pourtant, je crois que toutes les familles sont logées à la même enseigne", dit-il.
![]() Tamary Togarepi, une jeune Zimbabwéenne trie des épis de maïs, le 19 avril 2010 dans le village de Kwara. © AFP Alexander Joe |
Chenjerai, qui pratique l'agriculture de subsistance, voudrait plus de semences.
"Nous réclamons davantage de graines car nous voulons diversifier nos récoltes et utiliser plus de terres", dit-il.
Le Zimbabwe était exportateur alimentaire avant le lancement par le président Robert Mugabe d'une réforme agraire controversée en 2000 pour remplacer les fermiers majoritairement blancs par des noirs.
Résultat de cette désorganisation, l'économie essentiellement agricole s'est réduite de moitié et le pays dépend de l'aide extérieure.
"Nous étions un pays exportateur sur la région et maintenant nous sommes incapables de nous nourrir nous-mêmes", dit Deon Theron, président d'un syndicat agricole, le Commercial Farmers Union of Zimbabwe.
L'an dernier, six millions de gens ont eu besoin d'aide en dépit de pluies et des réformes économiques introduites par le gouvernement d'union formé en février 2009 par le président Mugabe et son rival Morgan Tsvangirai.
Le Zimbabwe devrait récolter cette année 1,5 million de tonnes de céréales, soit un déficit de 185.000 tonnes sur ses besoins, selon des estimations du gouvernement et des Nations-Unies.
Elizabeth Luanga, coordinatrice humanitaire de l'ONU au Zimbabwe, met en garde contre les difficultés des agences à nourrir les populations en raison d'une insuffisance de fonds. Le programme d'aide alimentaire n'a réuni qu'un peu plus du quart de l'argent dont il a besoin, dit-elle.

