Somalie: pour son chef, la Navfor doit sans cesse s'adapter face aux pirates
![]() L'amiral Peter Hudson qui commande a mission navale européenne Navfor, le 31 mars 2010 à Middlesex © AFP/Archives Ben Stansall |
NORTHWOOD (Royaume-Uni) (AFP) La mission navale européenne Navfor est forcée d'adapter constamment son dispositif face à la recrudescence des attaques de pirates somaliens toujours plus audacieux et plus jeunes, explique l'amiral britannique qui la commande.
"Nous devons nous adapter, être souples, et essayer d'être un peu plus dynamiques que peut-être nous ne l'étions il y a 12 mois", avance l'amiral Peter Hudson dans un entretien avec l'AFP au quartier général de la Navfor, à Northwood, dans la banlieue de Londres où il dirige une équipe de 120 personnes issues de 16 pays.
Les pirates "n'ont peur de rien", constate ce Britannique installé dans une casemate au confort spartiate. "Ils sont encore prêts à prendre des risques, et ces gars sont de plus en plus jeunes, âgés d'une vingtaine d'années, parfois de seulement 14 ou 15 ans."
La fin de la mousson a rendu le climat à nouveau propice à la piraterie en mars, dans les eaux du golfe d'Aden et de l'océan Indien. Sur le mois écoulé, la Navfor a eu affaire à 18 bandes de pirates, soit le double des mois de septembre, octobre et novembre cumulés.
Neuf enlèvements ont eu lieu, 17 attaques ont été avortées, 22 embarcations détruites et 131 pirates arrêtés pendant ce seul mois de mars, selon la mission navale.
"Nous devons utiliser notre aviation intelligemment, positionner nos navires où nous pensons qu'il est probable que les pirates opèrent, et essayer de les empêcher de déjouer nos tactiques", ajoute-t-il, notant que ceux-ci sont "eux-mêmes capables de faire preuve de pas mal de capacité d'adaptation".
Opérant au large des 1.600 km de côtes somaliennes, ils peuvent s'aventurer jusqu'à 1.000 milles au large, un bateau-mère tirant les frêles esquifs sur lesquels ils partent ensuite à l'assaut des navires fréquentant la zone.
Ils sont prêts à risquer leur vie pour prendre le contrôle des bateaux, de leurs marchandises ou de leurs équipages, pour lesquels ils négocient au prix fort des rançons.
En Somalie, pays dévasté par des années de guerres intestines, "l'attrait de grosses rançons (...) est encore très élevé", déplore l'amiral. Des rançons qui avoisinent parfois les 5 millions de dollars, remarque-t-il.
Environ 20% du trafic maritime mondial transite par le golfe d'Aden. Mais les pirates ont commencé à délaisser le golfe, patrouillé depuis décembre 2008 par de nombreux bâtiments de guerre étrangers, et à se risquer dans l'océan Indien.
L'amiral Hudson s'attend que les pirates étenderont encore leur zone d'opérations. "Est-ce que nous pensons qu'ils ont atteint leur limite, qu'ils ne peuvent pas aller plus loin? Je ne serais pas assez naïf pour dire ça".
La Navfor conduit depuis décembre 2008 l'Opération Atalante, qui a pour mission principale d'escorter les navires marchands transportant l'aide humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM), et de protéger les navires contre les actes de piraterie, dans le golfe d'Aden et l'océan Indien.
L'amiral Hudson est satisfait des résultats obtenus à l'aune de ce mandat. Aucun bateau du PAM n'a été arraisonné par les pirates depuis fin 2008, et plus de 300.000 tonnes de nourriture ont pu être acheminées en Somalie.
Les commandants de la Navfor disposent d'images satellite détaillées des camps de pirates sur la côte. Mais ils ne peuvent les détruire, n'étant pas autorisés à intervenir sur la terre ferme.
"Au final, la solution n'est pas de chasser à bord de navires de guerre valant un demi-million de dollars des barques en plastique, au milieu de l'océan Indien. Ca ne va pas arrêter la piraterie", affirme l'amiral Hudson. "On ne mettra fin à la piraterie qu'en mettant de l'ordre dans le foutoir qu'est devenue la Somalie."
