Ni twitter, ni blog: au Sud-Soudan, le transistor donne le tempo électoral

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Un soudanais écoutant la radio dans la ville de Juba, au sud du pays, le 10 avril 2010
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JUBA (Soudan) (AFP) Ni phrase choc sur Twitter, ni blog, pas même de débat télévisé: à l'heure du numérique dernier cri, la radio reste le principal média d'informations au Sud-Soudan, où la population, majoritairement illettrée, a suivi la campagne électorale derrière son transistor.

Plus grand pays d'Afrique, le Soudan tient de dimanche à mardi ses premières élections multipartites depuis 1986. Ce scrutin est un point clé de l'accord de paix ayant mis fin en 2005 à 21 ans de guerre civile entre le Nord et le Sud, une région sous-développée de près de neuf millions d'habitants.

"La radio c'est la force de frappe numéro 1. Rien qu'à Juba (la capitale), il y a une dizaine de stations", explique à l'AFP Jean-Claude Labrecque, le rédacteur en chef de la radio de l'ONU, Radio Miraya.

"Il y a bien quelques télévisions, mais (...) la majorité des gens n'ont pas le petit écran, ils n'ont même pas l'électricité", poursuit ce Canadien qui a travaillé 35 ans à Radio-Canada.

La presse écrite? "Au Sud-Soudan, 80% de la population est illettrée", rétorque soeur Paola Moggi, à la tête du puissant Réseau radiophonique du Soudan catholique (SCRN)

Les journaux sudistes ne disposent pas d'imprimeries. Ils sont imprimés à Khartoum, à plus 1.200 kilomètres au nord, et acheminés par avion dans certaines villes du Sud-Soudan.

Hormis les réunions publiques, voire la télévision officielle, la campagne "s'est donc faite à la radio", selon M. Labrecque. D'autant que coller l'oreille au transistor relève ici de la coutume.

"Selon une enquête que nous avons effectuée, la majorité de la population écoute la radio tous les jours. Ils n'ont pas tous un appareil mais ils se retrouvent (au besoin) chez des proches", avance Paola Moggi.

Dans cette région sous-développée, une grande partie des programmes est consacrée à l'éducation et la santé. "Mais les auditeurs sont bien sûr également très intéressés par l'actualité" des élections, note la soeur italienne.

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Le studio de Radio Miraya, la radio de l'ONU, à Juba (Sud Soudan), le 10 avril 2010
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La SCRN, qui compte toute une série de radios locales -sept au total-, a diffusé ces dernières semaines un programme intitulé: "Connais ton pays, choisis tes responsables".

"Nous avons fait plusieurs émissions spéciales dans les régions pendant la période d'enregistrement (sur les listes électorales), et il y avait beaucoup de monde. On venait nous dire +on a entendu sur Miraya et on est venu s'inscrire+", relève pour sa part Jean-Claude Labrecque.

Mais le média dominant du Sud-Soudan a encore beaucoup à faire.

Les programmes en anglais et arabe, majoritaires, sont loin d'être accessibles à l'ensemble de la population, qui parle différentes langues locales. Et la zone de couverture est évidemment faible, 100 km à la ronde tout au plus.

Mais pour ces radios de l'après-guerre, la dynamique est réelle. "Nous envisageons d'ouvrir une nouvelle station à Torit", dans l'Etat d'Equateur oriental, signale Albion Tokwaro Fabian, Soudanais de 63 ans à la tête de Liberty FM, qui diffuse déjà à Juba et à Yei, près de la frontière avec la République démocratique du Congo (RDC).

"Nous avons 15 réémetteurs et on espère pouvoir monter à 30 afin d'arroser d'autres régions", ajoute M. Labrecque, tandis que Paola Moggi évoque l'ouverture de "deux stations supplémentaires".

Rançon de la gloire, les autorités locales sont à l'écoute selon Liberty FM, qui dit avoir subi une interruption de programmes "de deux heures" au lendemain de la réception d'un candidat indépendant.

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Publié dans Politique

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