Lutte contre le sida. Des pistes prometteuses mais...
La 18e édition de la conférence internationale sur le sida s'est ouverte hier soir à Vienne. Faciliter l'accès aux traitements, intensifier la prévention sont autant de pistes dans la lutte contre ce fléau qui fait deux millions de morts par an.
Plus de 20.000 chercheurs, médecins, membres d'associations, participent depuis hier soir à Vienne (Autriche) à la 18e conférence internationale sur le sida. Dépistage proposé à tous ceux qui le veulent, traitement plus simple administré plus tôt: la conférence va débattre de nouvelles pistes prometteuses pour lutter contre une maladie qui fait encore deux millions de morts par an. En 27 ans, l'épidémie a tué plus de 25 millions de personnes. Transmis par voie sexuelle, sanguine ou de mère à enfant lors de la grossesse, l'accouchement ou l'allaitement, le virus de l'immunodéficience humaine se reproduit en parasitant les lymphocytes T4 ou CD4, des globules blancs jouant le rôle de chefs d'orchestre du système immunitaire.
L'Afrique la plus touchée
Selon le dernier rapport de l'Onusida, le virus a infecté 2,7 millions de personnes en 2008, soit une baisse de 17% depuis 2001. Environ 33,4millions de personnes, dont près de la moitié de femmes, vivaient en 2008 avec le virus, parmi elles, 2,1 millions d'enfants âgés de moins de 15 ans. L?Afrique subsaharienne est la région la plus durement touchée avec 67% de l'ensemble des personnes vivant avec le VIH dans le monde et près des trois quarts des décès. 71% des nouvelles infections sont intervenues en Afrique. 14 millions d'enfants y sont orphelins à cause de la maladie.
Combattre la discrimination
Vienne a été choisie pour accueillir cette rencontre, comme porte de l'Europe de l'Est et de l'Asie centrale, seule région du monde où l'épidémie continue à se développer (de 2001 à 2008, le nombre d'infections est passé de 900.000 à 1,5million), notablement chez les consommateurs de drogues par injection. La recherche sur les gels microbicides, les traitements, la circoncision, le vaccin, seront au centre de dizaines de conférences quotidiennes. On parlera aussi beaucoup de la réduction des risques chez les toxicomanes et de la nécessité de combattre la discrimination, qui éloigne les séropositifs des traitements. Le respect des droits de l'Homme - accès égal aux soins de santé et à la prévention - est le fondement d'une réponse adéquate à la pandémie, estiment en effet les organisateurs, qui ont choisi le thème «Des droits ici et maintenant». «Ce sera la conférence des sans-voix», martèle le directeur exécutif de l'Onusida, Michel Sidibé. Sur le net : http://www.unaids.org/fr/default.asp
La crise ampute le financement
La baisse des financements pour lutter contre la pandémie va constituer un thème-phare de la conférence de Vienne. La communauté médicale et les organisations engagées dans la lutte antisida s'inquiètent en effet de la stagnation du financement due à la crise économique qui compresse les budgets des nations donatrices et risque de compromettre les progrès accomplis.
Pour le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (Niaid), cette crise fait «qu'il n'y a pas assez de fonds pour répondre à la demande de ceux ayant besoin de traitement et de prévention (...) et ce juste au moment où nous récoltons les fruits de notre succès à acheminer des thérapies et des mesures de prévention dans le monde en développement». Environ cinq millions de personnes sont aujourd'hui traitées dans les pays pauvres contre seulement 10% de ce nombre il y a six ans et le coût des antirétroviraux est passé de 15.000dollars par personne annuellement en 2001 à 120dollars aujourd'hui.
Enfin, le taux d'infection avec le virus a diminué de 17% par rapport à son point culminant en 2001. Quelque 25milliards de dollars seraient nécessaires cette année pour combattre le sida dans les pays les plus pauvres, selon l'Onusida. Pour le moment, il manque 11,3milliards, selon le journal américain Science.