Désarmement nucléaire: Obama montre l'exemple sans renoncer à sa force de frappe
![]() Le président américain Barack Obama s'entretient avec le président russe Dmitri Medvedev au siège des Nations Unies, à New York, le 23 septembre 2009 © AFP/Archives Saul Loeb |
WASHINGTON (AFP) Le nouveau traité commence à concrétiser l'ambition de Barack Obama d'un monde débarrassé d'armes atomiques et montre l'exemple aux pays tentés de sen doter, sans faire renoncer les Etats-Unis à l'essentiel de leur force de frappe, notent des experts.
L'accord sur la réduction des arsenaux nucléaires que le président Obama doit parapher jeudi à Prague avec son homologue russe Dmitri Medvedev prend aussi acte de la fin de la Guerre froide et du fait que les ogives atomiques n'ont pas empêché la pire attaque sur le sol américain en 60 ans, le 11 septembre 2001.
La cérémonie de Prague va intervenir symboliquement un an après l'appel lancé par M. Obama dans la même ville à l'avènement d'un monde débarrassé d'armes atomiques, et quatre jours avant l'ouverture d'un sommet international sur la sécurité nucléaire à Washington.
Pour être en mesure de peser sur ce sommet, l'administration Obama "devait absolument conclure" les négociations avec la Russie, qui se sont étalées sur de longs mois, explique à l'AFP Andrew Kuchins, expert en affaires russes au Centre d'études internationales et stratégiques (CSIS) de Washington.
"Sans ce succès, les ambitions du président Obama pour le (désarmement) nucléaire, qui s'inscrivent sur le long terme, auraient subi un grave revers", ajoute M. Kuchins.
![]() Un missile russe Topol-M ICBM traverse la Place Rouge à Moscou le 9 mai 2008 © AFP/Archives Yuri Kadobnov |
Dans l'immédiat, note pour sa part Doug Bandow, expert de l'Institut CATO, un autre groupe de réflexion américain, "le bénéfice le plus évident (de ce traité) est qu'il signifie de meilleures relations avec la Russie" qu'à la fin de la présidence de George W. Bush, marquée par des tensions avec Moscou.
Le réchauffement avec les Russes pourrait être crucial pour M. Obama, qui tente d'unifier les grandes puissances pour forcer l'Iran à coopérer sur un programme nucléaire soupçonné d'avoir des visées militaires, ajoute M. Bandow.
"Avec cet accord, les Etats-Unis et la Russie (...) indiquent clairement qu'ils sont prêts à montrer la voie" en matière de lutte contre la prolifération nucléaire, avait déclaré le 26 mars M. Obama.
De grandes manoeuvres sont en cours dans le secteur de l'armement nucléaire américain, autrefois composante cruciale de l'"équilibre de la terreur" avec l'Union soviétique. L'administration Obama élabore une nouvelle stratégie qui, selon la Maison Blanche, "visera un rôle accru pour les armes conventionnelles dans la dissuasion".
![]() Evolution de 1947 à 2009 des stocks d'armes nucléaires dans le monde par pays © AFP/Infographie |
L'idée serait de se doter d'armes de forte puissance mais non nucléaires qui, tirées des Etats-Unis, pourraient atteindre leur objectif n'importe où dans le monde dans un délai d'une heure, avait indiqué début mars le New York Times.
"Il est évident que le rôle des armes nucléaires dans la politique de sécurité des Etats-Unis est en train de diminuer peu à peu", souligne M. Kuchins. Mais M. Bandow remarque que si M. Obama veut poursuivre sur cette voie, les décisions à prendre seront plus complexes.
"Si on veut que son pays soit un minimum en sécurité, il faut reconnaître que la Chine est en train de renforcer son arsenal, comme d'autres pays. A quel point faut-il réduire (le nombre d'ogives)?", demande-t-il. "Cela va être un problème pour ce président".
Un autre sujet non résolu réside dans la défense antimissile américaine, sur laquelle le nouveau traité semble être resté suffisamment évasif pour contenter tant Moscou que Washington dans l'attente d'une nouvelle série de pourparlers.
La formulation "est vague à dessein", estime M. Kuchins, car "l'administration Obama sait que si l'on avait limité la défense antimissile, il aurait été impossible de passer l'étape de la ratification au Sénat américain", où l'accord de 67 élus sur 100 sera nécessaire. "Et les Russes le comprennent", assure-t-il.


