Darfour/Politique: les déplacés boycottent les élections, certains le regrettent
![]() Carte du Soudan © AFP |
EL-FACHER (Soudan) (AFP) Craignant de perdre leur droit de retourner dans leur village d'origine, les déplacés dans les camps du Darfour ont refusé de s'enregistrer sur les listes pour les élections nationales qui ont commencé dimanche, un choix que certains regrettent aujourd'hui.
Quelque 60.000 personnes s'entassent à Abou Shouk, un camp de déplacés du Darfour où les tentes en plastique de l'ONU ont depuis longtemps été remplacées par de modestes masures en brique de terre devenues au fil des ans une sorte de banlieue d'El-Facher, la capitale historique de cette région en guerre civile. Les Soudanais ont commencé dimanche à voter pour les premières élections multipartites en près d'un quart de siècle, mais au Darfour les déplacés ont massivement boycotté l'enregistrement sur les listes électorales effectué en novembre et décembre dernier.
"Seulement 4.400 personnes ici (à Abou Shouk) se sont enregistrés sur les listes", explique Adam Ishaq, un des "Omdas", chef local, rencontré peu avant le début du vote dimanche. "Plusieurs personnes ici ne croient plus que la paix va arriver. Les gens voulaient s'enregistrer dans leur village d'origine afin de garantir leur droit au retour", dit-il.
Le conflit au Darfour, vaste région semi-désertique de l'ouest du Soudan, oppose depuis sept ans des groupes rebelles jugeant la zone sous-développée aux les forces soudanaises appuyées par des milices locales.
![]() Omar El-Béchir, le 11 avril 2010 à Khartoum © AFP Ashraf Shazly |
Mais cette guerre, à l'origine de 300.00O morts selon l'ONU - 10.000 d'après Khartoum - et 2,7 millions de déplacés, s'est complexifié - la rébellion s'est fragmentée, une partie des milices pro-gouvernementales sont en lutte interne ou contre le gouvernement - et l'insécurité complique toujours le retour chez eux des habitants des camps.
"Nous voulons la paix, nous voulons retourner chez nous... Ces élections ne veulent rien dire pour nous, seulement une poignée de déplacés vont y participer", renchéri Yehya Adam, un autre chef d'Abou Shouk.
Et d'autres ne voient pas pourquoi ils voteraient pour une élection dont l'issue est, selon eux, connue d'avance: la victoire du raïs Omar el-Béchir. "Le Parti du congrès national (NCP) et Béchir vont gagner alors pourquoi voter", s'interroge Babakir Safi.
Le président soudanais Omar el-Béchir est accusé par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour. Malgré ces accusations et son impopularité dans les camps de déplacés, son parti compte sur plusieurs appuis au Darfour.
Selon International Crisis Group, le président Béchir a néanmoins profité de l'état d'urgence en vigueur au Darfour où vivent plus de huit millions de personnes pour truquer une partie du scrutin.
"Les gens du Darfour ne sont pas interpellés par ces élections. Ils ne pensent pas que ces élections sont crédibles", déclare à l'AFP, Ahmed Hussein Adam, porte-parole des rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).
![]() Ahmed Hussein Adam, porte-parole du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), le 14 février 2009 à Doha © AFP/Archives Ibrahim al-Omari |
Mais des déplacés du Darfour regrettent aujourd'hui de ne pas s'être inscrits sur les listes électorales. "Les gens ne se rendent pas compte que l'enregistrement sur les listes électorales était un pas en avant vers la démocratie. Ils sont ici depuis un sept ans et ont tout perdu", dit Mohamed Abdullah, un vieil homme vivant à Abou Shouk.
"Voter est un droit et plusieurs personnes ici regrettent de ne pas s'être enregistrées", souffle-t-il. "Voter signifie choisir. Ceux qui ne se sont pas enregistrés, ne peuvent plus voter. Il y avait beaucoup de confusion", souligne d'une voix assurée, Saadiya Yaacoub, dans la jeune vingtaine.
Certains observateurs craignent une flambée de violences au Darfour, où la rébellion rejette le processus électoral. "Jusqu'à présent la situation est calme", a dit dimanche en fin de journée à l'AFP un responsable des casques


