Cameroun/Présidentielle 2011: Christopher Fomunyoh, candidat ?
Christopher Fomunyuh, le directeur Afrique du National democratic institut (NDI), candidat à la prochaine élection présidentielle de 2011, l’idée n’est pas une simple vue de l’esprit et fait actuellement son bonhomme de chemin, notamment autour du concerné à qui une telle perspective ne semble pas déplaire. En tout cas, il maintient le suspense qui gagne en intensité chaque jour de plus qui rapproche de l’échéance.
C’est à croire que cet homme de 56 ans a décidé de jouer du même pied que Paul Biya, le président sortant, qui reste encore muet malgré le zèle de certains de ses proches qui le poussent à dévoiler ses intentions pour 2011. Comme le locataire d’Etoudi, Christopher Fomunyoh croule sous des appels de « venir sauver le Cameroun », par des fans qui arguent que : « Cette nation a besoin d’un grand homme comme docteur Fomunyoh et tous ceux qui ont un art de gouverner et convaincus que le destin des empires tient ses fondations de l’éducation des jeunes.».
Pour le concerné pourtant, il ne semble n’y avoir qu’un seul centre d’intérêt pour le moment : le NDI pour laquelle il trône sur le département Afrique de cette organisation non gouvernementale qui a fait de Washington son quartier général. C’est sous cette étiquette qu’on l’a vu participer à l’organisation de missions internationales d’observation d’élections dans plusieurs pays du continent noir. Dans plus de quinze pays africains, il a également conçu et dirigé des programmes de soutien à la démocratie, en partenariat avec des organisations de la société civile, des partis politiques et organes législatifs. On lui reconnait avoir conçu tout récemment, l’Initiative des chefs d’Etat africains et participer à son lancement. Ce programme vise à faciliter les transitions politiques en Afrique en encourageant les anciens chefs d’Etat démocratiquement élus à rester actifs dans les questions humanitaires, la médiation des conflits, la santé publique et autres domaines du développement politique, économique et humain.
Médiateur
Depuis le début de la décennie 90, les anciens régimes uniques régnant sur les pays africains, en très grande majorité, se sont pliés au jeu d’élections pluralistes. Mais se départir des fraudes et d’autres coups tordus contre l’opposition n’est pas la chose la mieux partagée par les dictateurs s’accrochant bec et ongles au pouvoir. Causant ainsi des conflits en vrac qui interpellent la médiation de Christopher Fomunyoh. « Médiation des conflits électoraux », est d’ailleurs le titre du plus récent de ses rapports.
Ces dernières années, un autre phénomène est né dans l’univers politique africain. Le jeu de certains chefs d’Etat africains -dont Paul Biya du Cameroun- à modifier la Constitution pour demeurer à jamais au pouvoir. Rester indifférent à cette atteinte à la maigre victoire grappillée, en plus de vingt ans de bataille par les peuples africains, ne saurait laisser indifférent le patron Afrique du NDI. Christopher Fomunyoh semble donc avoir changé de partenaire de jeu. Lui, jadis si proche des hommes politiques africains au profil acceptable, s’adresse désormais aux populations désenchantées et abusées par les dictateurs. On l’a vu saluer le coup d’Etat militaire qui a renversé dernièrement le Nigérien Mamadou Tandja…
Ami d’Albrigth
Son attention se focalise ces derniers temps sur le Cameroun. Malgré un calendrier surchargé, à travers l’Amérique et l’Europe, cet homme dont les yeux, intelligents, brillent derrière des verres de correction, donne des conférences pour témoigner du drame de son peuple. « Notre pays le Cameroun a été engouffré dans un cycle de malhonnêteté et de déception qui a débouché sur une injustifiable souffrance spécialement chez les jeunes. Pendant 27 ans, nous avons suivi tant de discours partant des nouveaux défis aux grandes ambitions, tous visant à nous faire rêver qu’un beau jour, d’une certaine façon, notre situation va changer, mais nous avons tous vu et vécu la pourriture et la détérioration de notre société ».
Madeleine K. Albright ça vous dit ? Voila, entre autres, une amitié dont il peut se vanter parmi les poids lourds de la sphère politique américaine. Mais Christopher Fomunyoh a une autre carte en or dans la poche. Cet ancien étudiant de la faculté de Droits et sciences économiques de l’Université de Yaoundé et qui a parfait son cursus dans des universités américaine et française, parle couramment les deux langues officielles du Cameroun : le français et l’anglais. Dans l’univers politique camerounais actuel, on compte très peu de gens capables d’une telle prouesse.
Politicien ?
Quatre personnes se sont déjà prononcées pour la conquête d’Etoudi l’an prochain. Et l’on s’attend à voir entrer en jeu quelques unes de ces figures qui ont, par le passé, challengé Paul Biya. Et peut-être quelque autre pion inconnu est tapi dans l’ombre, attendant le moment opportun. Si la porte d’entrée semble être ouverte à tous vents, les règles garantissant un jeu sans dés pipés sont quasi inexistantes. Peut-être ce qui fait obstacle à la candidature de Christopher fomunyoh ? Une chose est sûre, il est de ces voix qui critiquent vertement ELECAM, l’organe de gestion des élections mis sur pied par le régime de Yaoundé. «Je dirais que les critiques contre ELECAM sont légitimes. C’est une bonne chose pour notre démocratie. Que des Camerounais aient été battus par le passé en expérimentant des élections mal organisées peut en effet rendre suspecte une structure comme ELECAM dont les membres sont en grand nombre partisans du régime », déclare t-il.
Christopher Fomunyoh est-il vraiment un politicien ? Au Cameroun on ne lui reconnait aucun passé militant. « Nous devons avoir en tête que dans la plupart des pays, le changement des mentalités est souvent amené par un plus large mouvement qui regroupe non seulement les traditionnels partis politiques d’opposition, mais aussi des organisations qui défendent les bases les plus petites de la démocratie, comme l’association des avocats, les associations de femmes, les syndicats des travailleurs, les organisations de défenseurs des droits de l’homme, d’étudiants ,de jeunes en chômage , de medias, etc… », clame-t-il, avant d’ajouter que « le processus d’une révolution civique vient juste de commencer au Cameroun, et celui-ci va s’élargir dans les semaines, les mois à venir ». On ne peut être plus clair…
New-York - 9 Juillet 2010
© Célestin Ngoa Balla | Le Messager