A Gumbo, Sud-Soudan, le vrai rendez-vous, c'est celui de l'indépendance
![]() Des électeurs soudanais cherchent leur nom sur des listes, devant un bureau de vote de Juba, au Sud-Soudan, le 11 avril 2010 © AFP Roberto Schmidt |
GUMBO (AFP) A Gumbo, village séparé de Juba par le majestueux Nil blanc, la question paraît presque incongrue. "Si ces élections sont importantes? Mais nous sommes sur la voie du référendum!", clame Augustino Lazarus. Car au Sud-Soudan, le vrai rendez-vous c'est celui de l'indépendance.
Selon l'accord de paix (CPA) de 2005, les élections en cours au Soudan -présidentielle, législatives et régionales- doivent être suivies en janvier 2011 d'un référendum sur la sécession du Sud, région en grande partie chrétienne qui panse encore les plaies de deux décennies de conflit avec le Nord musulman.
Lundi, à la mi-journée, le vote n'a toujours pas repris -pour des questions logistiques- au bureau de vote de Gumbo Market. Mais Augustino Lazarus, se dirige d'un pas décidé vers l'arbre où se trouvent les listes électorales.
"Pourquoi ces élections sont importantes? Car nous sommes sur la voie du référendum!", déclare à l'AFP ce policier d'une cinquantaine d'années.
"Nous ne voulons plus de la guerre, et pour l'instant c'est juste un bout de paix. Nous ne savons pas si elle va continuer", poursuit-il en référence à l'accord signé en 2005 par Khartoum et les ex-rebelles sudistes du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) après 21 ans d'une guerre complexe à l'origine de deux millions de morts.
Chef du SPLM et président actuel du Sud-Soudan autonome, Salva Kiir, a clairement laissé entendre que les élections d'avril, premier scrutin depuis près d'un quart de siècle au Soudan, n'était qu'un prélude au référendum.
![]() Une femme montre son doigt taché d'encre, après avoir voté dans la ville de Bor, au Sud-Soudan, le 11 avril 2010 © AFP Trevor Snapp |
Et si le président soudanais Omar el-Béchir a récemment affirmé que, selon un "sondage secret" seuls 30% des Sud-Soudanais souhaitaient l'indépendance, le sujet semble faire l'unanimité à Gumbo Market.
"Le référendum c'est le plus important. C'est notre chance de choisir vraiment notre destinée. Nous souffrons depuis tant d'années...", explique Philip Otto Aldo, le responsable du bureau de vote.
Agé de 35 ans, il précise passer son temps entre son métier -temporaire- d'instituteur et ses études -en développement rural- qu'il a dû "interrompre pendant 10 ans à cause de la guerre".
"Les vrais citoyens du Sud-Soudan veulent l'indépendance. C'est notre pays à nous, les noirs. Je pense que nous allons l'avoir (l'indépendance)", surenchérit Augustino Lazarus.
A ses côtés -et à la recherche comme tant d'autres de son nom sur les listes électorales-, Raimond, la trentaine, opine du bonnet.
"Oh oui, le référendum est très important. Je sais exactement ce que je vais répondre. Nous voulons être indépendants", affirme-t-il sans ambages.
Joseph Katkuoth, grand garçon d'une trentaine d'années, originaire de Jonglei, plus au Nord, argumente à son tour.
"Nous avons été dominés pendant trop longtemps. L'indépendance nous aidera à élever notre niveau d'éducation, celui de notre système de santé. Le nord essaie de nous diviser avec la question des tribus", lâche-t-il en vrac.
Le Sud-Soudan, compte neuf millions d'habitants répartis en une pléthore de tribus qui cohabitent parfois difficilement. Pour le référendum, la sécession l'emportera si elle recueille 50% plus une voix et si la participation atteint au moins 65%.
Joseph Katkuoth, lui, a déjà les yeux qui pétillent.
"Ca sera une telle fête si nous obtenons l'indépendance. Et nous laisserons les portes grandes ouvertes pour que n'importe qui puisse se joindre à nous!", s'enthousiasme-t-il.

