BHL: « Un homme d’influence » sous le microscope de Complément d’enquête

Publié le par imagazine

BHL: « Un homme d’influence » sous le microscope de Complément d’enquête

le 3 juillet 2014 9H04 | par

Il est rare que Complément d’enquête, l’émission emblématique du service publique animée par Benoît Duquesne diffuse des films d’une telle ampleur. C’est pourtant le cas avec le portrait consacré à Bernard-Henri Lévy et qui sera diffusé, ce jeudi 3 juillet, à 22h20 sur France 2. « Un homme d’influence » est un portrait sans concession, mais rigoureux et d’une grande honnêteté.

L’auteur, Yvan Martinet, est retourné sur les traces des épisodes les moins connus de la vie de BHL. On y trouve un portrait inédit de sa première femme, Isabelle Doutreluigne, mère de la romancière Justine Lévy. On y apprend que BHL a souvent fait usage, pour écrire, de substances plus ou moins licites…

Yvan Martinet a suivi BHL en Ukraine où on le voit haranguer les foules de la place Maïdan, à Kiev. Il l’a accompagné au Bengladesh, quarante-quatre ans après son engagement de jeune homme à la suite d’André Malraux et dans la compagnie d’une unité de combattants de la liberté bangladeshis.

Yvan Martinet a eu l’heureuse idée (que personne, étrangement, n’avait eu) d’aller à la recherche du cameraman bosniaque qui avait filmé BHL en juin 92, à Sarajevo, sous les balles. Cette séquence avait fait l’objet d’une polémique. Le témoignage du caméraman met fin à cette polémique.

On voit également l’auteur de La guerre sans l’aimer en action sur le terrain libyen. En particulier, le témoignage du révolutionnaire francophone Mansour Sayf al-Nasr : il raconte comment BHL a mis tous ses moyens, y compris financiers, au service de la cause qu’il défendait. Il raconte aussi comment celui-ci alla plus d’une fois contre l’avis de ses camarades libyens qui l’adjuraient de ne pas aller sur les lignes de front.

La question de l’argent occupe une grande place dans ce documentaire – comme souvent, d’ailleurs, dans les polémiques autour de Bernard-Henri Lévy. Ce que ce documentaire a le mérite de montrer, c’est l’usage que l’intellectuel fait des moyens dont il dispose. D’autres achètent des tableaux de maître ou des voitures de course. Lui, tel un Willy Muzenberg de la révolution démocratique mondiale, met sa fortune au service des causes qu’il soutient.

Au total, ce qui se dégage de ces 62’ c’est le portrait d’un personnage parfois irritant mais souvent attachant. À l’âge, 65 ans, où beaucoup se contenteraient de passer du bon temps dans des villégiatures heureuses, voici un homme qui va par monts et par vaux, qui paye de sa personne, inlassablement. À la question de savoir ce qui le fait courir, une réponse se dégage. Elle n’est pas explicite mais elle crève les images et l’écran. C’est la volonté de n’être pas indigne de la leçon léguée par un père magnifique, engagé volontaire dans les brigades internationales en Espagne, puis héros de la France libre.

Le portrait d’André Lévy, ce père, est d’ailleurs un des moments forts du documentaire. C’est François Pinault qui brosse ce portrait. Le patron d’Artemis est, comme on sait, avare et économe de sa parole. Mais il fait ici une exception pour évoquer ce « vieux lion » que fut André Lévy et qui fut son adversaire avant de devenir son ennemi. C’est un des moments d’émotion du documentaire.

Je suis de ceux qui ont toujours salué et défendu le travail de BHL. Parce que situé en lisière, cet homme a toujours affirmé et défendu avec rage et talent des convitions. Ce qui marche aujourd’hui dans ce monde ultra médiatisé, c’est le caniveau où coule la sensation, le choc et l’immédiateté. C’est ainsi que la vérité chemine à travers le mensonge et la falsification. L’époque pouse à la médiocrité. Ainsi s’érodent depuis des années la crédibilité des journalistes et des intellectuels. La montée en puissance et en épingle d’une information et d’idées imédiatemment jetables, une fois consommées, sécrète dans l’opinion le doute, la distance et l’indifférence. Or une presse qui s’attacherait à y échapper ne trouverait sans doute pas ses lcteurs et la télévision pas son audience. Tout comme l’argent n’a pas d’odeur, l’audience n’a pas de contenu. Trouver la distance, prendre du recul et de la hauteur, trouver le temps de la décantation, nager à contre-courant: c’est le rôle du philosophe. En cela BHL est précieux et atypique. Qu’on l’aime ou non, cet homme appartient à une espèce en voie d’extinction qu’il convient de protéger et d’encourager.

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